800 ans de Notre-Dame d'Amiens

800 ans et quelques perspectives

Savez-vous quel est le meilleur poste d’observation dans la cathédrale ? Il est le privilège des confesseurs. A travers les baies du confessionnal, en particulier les jours d’affluence, nous sommes les témoins de l’effet saisissant produit par l’entrée dans la nef : une élévation du regard, un déploiement physique, un redressement.

Chaque génération reçoit la charge d’un héritage qui la dépasse. La Cathédrale Notre-Dame d’Amiens nous a été léguée pour être conservée, protégée puis transmise à la génération montante. A l’occasion de ses 800 ans, Notre-Dame d’Amiens nous interroge : qu’avez-vous fait de moi ? Qui suis-je pour vous ? Qui pénétrera mon mystère et ma grâce ? Cet anniversaire nous pousse à réfléchir à la finalité de la construction et de l’usage de cet édifice. Quel en était le projet fondateur ? Sommes-nous encore fidèles à sa vocation spirituelle ?

Nous en sommes convaincus, Notre-Dame, admirable vaisseau, est avant tout l’écrin des mystères sacrés, l’instrument merveilleux d’une révélation divine, une parole vivante.  En elle le Verbe s’est fait pierre. Ici, on perçoit la présence de Celui sans qui rien ne fut et par qui tout existe. C’est la maison de Dieu. Tout nous parle de son amour, de sa puissance, de son projet pour sauver l’homme, de l’Église qu’il a voulue à cette fin. Ce temple, érigé à sa gloire, est avant tout le lieu de la rencontre avec ce Dieu qui a parlé aux hommes, ce Dieu qui s’est rendu visible, ce Dieu qui s’est fait l’un de nous.

La verticalité oriente notre regard vers le Ciel qui, par Jésus-Christ, unique médiateur entre Dieu et les hommes, est à nouveau accessible. L’horizontalité est le lieu de la rencontre des hommes entre eux dans la communion des élus. Le Christ, par sa croix, a réconcilié l’humanité. Et par le baptême, devenus fils et filles du Père, nous sommes introduits dans le sein de la famille de Dieu. Notre Cathédrale, espace si vaste, signifie cette immense fraternité des sauvés. Elle est le bercail des brebis, le havre sûr, le refuge où chacun peut trouver la douceur d’une consolation, la force d’un nouvel élan, une lumière sur le chemin de son existence.

Cap sur les 800 ans

Les 800 ans sont l’occasion exceptionnelle d’exalter la splendeur de notre cathédrale dans la plénitude retrouvée de sa destination exclusive : le culte rendu à Dieu et la communion ecclésiale autour de la cathèdre épiscopale. La cathédrale est faite pour rassembler le Peuple de Dieu à l’appel de son évêque, successeur des apôtres, gardien de l’unité et représentant du Christ. Elle est le lieu par excellence de l’Évangélisation populaire. Elle aussi basilique, sanctuaire, lieu de pèlerinage auprès des reliques des saints, en particulier Saint Jean-Baptiste.

Notre premier objectif est de rendre Notre-Dame aux Amiénois. Chacun d’entre eux, fier de sa cathédrale, est invité à y entrer fréquemment. Il doit s’y sentir chez lui comme chez Dieu. Qu’il vienne pour une promenade, une cérémonie ou pour sa dévotion personnelle, il est le bienvenu, il est attendu, il a ses repères. Il aime la présenter à ses proches, à ses visiteurs. Les maîtres mots seront donc : propreté, sécurité, lumière, et équipe accueillante.

L’expérience le prouve, le confessionnal est un lieu capital : le prêtre est disponible, visible, accessible. Même si les visiteurs ne se confessent pas tous, beaucoup sont intrigués, et certains profitent de l’aubaine pour ouvrir leur cœur. Il nous faut donc développer cette écoute sacerdotale, chaque jour de l’année et dans les meilleures conditions de confort et de confidentialité. Chaque paroissien, chaque diocésain, chaque pèlerin doit pouvoir recevoir, dans la cathédrale, le sacrement de la réconciliation et de la pénitence. Les confessionnaux ne sont pas des placards.

Il est primordial que les offices soient célébrés quotidiennement dans la cathédrale : Eucharistie, laudes, vêpres… Notre Dame n’est pas un musée religieux, mais elle est destinée à la liturgie et l’affectation au culte concerne toutes les parties de l’édifice. Chaque autel doit être équipé d’une nappe, d’une croix, de chandeliers avec leur cierge, afin de pouvoir y célébrer Les Saints Mystères. Le baptistère du transept sud est idéal pour célébrer les baptêmes. Les ornements et les objets sacrés conservés dans la sacristie ou le Trésor doivent servir au culte. Inventaire, nettoyage, restauration, seront envisagés à cette fin.

La cathédrale est un lieu de dévotion remarquable. Lumignons, images pieuses, chemin de croix, processions, statues, tableaux, reliques… La piété populaire est une des manifestations les plus fortes de la dimension sacrée du bâtiment. Nous voulons l’encadrer, l’encourager, la développer, l’enrichir. Nous pourrions proposer, par exemple, comme à Notre-Dame de Chartres, une animation spirituelle du labyrinthe.

Pour la renaissance des pèlerinages

L’objectif est de développer la fréquentation de Notre-Dame d’Amiens en puisant dans le réservoir des 55 millions de touristes spirituels en France, et en orientant les flux vers la cathédrale. Pour cela, il nous faut revitaliser le culte à Saint Jean-Baptiste chez les catholiques en proposant des pèlerinages clefs en main. Il est nécessaire d’ouvrir un accueil des pèlerins à la maison paroissiale (12 rue André), et un magasin de piété sur le parvis de la cathédrale. La visite de la cathédrale est un moyen idéal pour faire une première annonce de l’Évangile ! Nous proposerons des visites spirituelles animées par des guides bénévoles et formés, ou par des séminaristes en stage d’été. La visite du « curé » sera aussi un rendez-vous très attendu !

Les plages d’ouverture plus larges de la cathédrale, notamment en période d’affluence (en décembre et de juin à fin septembre), commencent à s’organiser. Les nocturnes, avant ou après chroma, permettent de découvrir la cathédrale de manière inattendue, et d’offrir un accueil missionnaire.

Nous instituerons deux périodes d’exposition du Chef dans la chapelle de Saint Jean du Vœu. Afin de faciliter l’accueil des pèlerins orthodoxes, nous prendrons en compte les calendriers Julien et Grégorien. Il s’agit des deux grandes périodes johanniques (été et Noël) : de la Saint Jean à la Saint Firmin (du 24 juin au 25 septembre) ; de l’arrivée des reliques jusqu’à la fête de la Présentation (du 17 décembre au 2 février). Il s’agit d’organiser des liturgies quotidiennes auprès du Chef, en encadrant l’accueil des pèlerins tant catholiques qu’orthodoxes.

Nous voulons faire renaître les pèlerinages au Chef de Saint Jean, en développant une culture autour du Précurseur (exposition, signalétique, livres…) ; en développant nos liens avec tous les partenaires intéressés par la croissance des flux touristiques ; en suscitant des pèlerinages à pieds vers la cathédrale ; en étant présents dans les médias par la communication positive ; en profitant des 800 ans comme d’une rampe de lancement. Nous voulons redonner à la cathédrale son statut basilical, en faire une destination incontournable pour les fidèles, les services diocésains de pèlerinage, les agences.

A Dieu rien d’impossible !

Don Édouard de Vregille, Recteur

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